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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 16:21

Les fondements et les enjeux de la création de la ZLECAF se situent dans le contexte actuel de mondialisation et de régionalisation. La création de la ZLECAF vient en réponse à cette préoccupation en instituant une zone de préférence douanière (ZPD) entre les 55 pays africains, qui doit conduire à une réduction des droits de douanes de 90 % sur les produits et à un marché libéralisé des services. La ZLECAF couvre le commerce des marchandises, les services, les investissements, les droits de propriété intellectuelle et la politique de la concurrence. Ce champ assez large va au-delà de ce qui constituerait une zone de libre-échange habituelle, qui nécessite uniquement l’élimination des droits de douane et des quotas sur le commerce des marchandises.

Les principes de base sur lesquels se fonde la ZLECAF sont le fait de considérer les Zones de libre-échange (ZLE) des huit communautés économiques régionales (CER) reconnues comme piliers de la ZLECAF et le fait de préserver les acquis des CER existantes (ne pas mettre en cause les différents accords déjà signés par les Etats membres).

La création de la ZLECAF met en jeu un vaste marché de près de 1,216 milliard d’individus représentant 2.500 milliards de dollars de PIB cumulé. Elle vise comme objectifs généraux à :

  • Créer un marché unique pour les marchandises et les services facilité par la circulation des personnes afin d’approfondir l’intégration économique du continent africain et conformément à la vision panafricaine d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique » telle qu’énoncée dans l’Agenda 2063 ; 
  • Promouvoir le développement industriel à travers la diversification et le développement des chaînes de valeurs régionales, le développement de l’agriculture et la sécurité alimentaire ;
  • Résoudre les défis de l’appartenance à une multitude d’organisations qui se chevauchent, et accélérer les processus d’intégration régionale et continentale.

Théoriquement, la création de la ZLECAF devrait s’accompagner de nombreux effets directs et indirects pour les économies membres de la zone. Les effets directs renvoient, selon Viner (1950), au fait que la suppression du droit de douane va entrainer une augmentation du volume des échanges commerciaux entre les pays africains.  Cette création pure de commerce correspond au fait que l’on remplace les anciens producteurs non efficaces de l’Afrique par de nouvelles sources d’approvisionnement africaines dont les coûts de production sont inférieurs.  Ces effets peuvent concerner également le remplacement des importations en provenance d’autres continents par celles africaines. En tout état de cause, l’augmentation du volume des échanges est synonyme de création de valeur et d’emploi au sein du continent. 

Graphique1: Effets directs de la ZLECAF

 

Remarques

Ces effets potentiels ne pourront être observés que s’il existe des unités de production à forte capacité productive. Ils supposent également que la réduction du droit de douane soit accompagné d’une forte volonté de respecter effectivement l’accord signé. Le danger serait que les grands importateurs africains achètent des produits asiatiques, les reconditionnent au niveau de nos pays et les écoulent sur le marché commun continental. Le risque   de voir se développer du « commerce par procuration » n’est donc pas à écarter au regard des expériences que certaines CER vivent en la matière.    

 

Au-delà de ces effets de court terme, la littérature met en avant des effets dynamiques qui sont bien plus importants. Ces effets sont notamment :

  • L’élargissement de la taille du marché et la création des économies d’échelles 

Le traité de la ZLECAF permettra l'élargissement du marché pour les entreprises du continent. Et si les industries bénéficient d'économie d'échelle, l’accroissement de leurs ventes contribuera à réduire leurs coûts de production et à les rendre plus compétitives par rapport aux entreprises des autres continents.  De ce fait, l’accord commercial ZLECAF est une bonne stratégie d’industrialisation et de transformation structurelle des économies africaines.

  • la stimulation de la concurrence

La libéralisation des échanges à l’échelle du continent mettra en concurrence les entreprises nationales initialement protégées par des situations de monopole et par les barrières douanières, toute chose qui obligera ces firmes nationales à se performer sous peine d’éviction.

La concurrence au niveau du continent permettra donc de réduire les rentes monopolistiques des producteurs mais en plus elle poussera à réduire leurs coûts en supprimant des inefficiences ou en accélérant l'incorporation d'innovation. Mieux, la concurrence accrue pour une large gamme de produits pourra aussi faire baisser les prix à la consommation.

  • L’attraction des investissements directs étrangers, le renforcement de la croissance et de la convergence économique

L’entrée en vigueur de la ZLECAF donne un signal aux investisseurs étrangers qui consiste à dire que l’implantation dans un pays du continent donne accès à tout le marché africain. Cette ouverture du marché du continent constitue donc une demande potentielle pour ces investisseurs et les effets taille de marché et économies d’échelle mentionnés ci-dessus entreront donc en jeu. Tous ces effets inciteront les investisseurs des autres continents à investir en Afrique[1].  

  • La création d’emplois décents, la croissance économique et la réduction de la pauvreté :

Comme la ZLECAF contribuera à l’accroissement des investissements tant domestiques qu’étrangers surtout dans les secteurs très productifs comme l’industrie manufacturière, elle constitue un puissant levier de transformation structurelle des économies africaines, de création de valeur et d’emplois décents et partant de réduction de la pauvreté sur le continent.

Graphique 2: Effets dynamiques de la ZLECAF

Au total, l’intégration du marché africain se présente comme un levier de création d’emplois pour la jeunesse africaine. A ce titre, la ZLECAF se présent comme un instrument qui va permettre de réduire la pauvreté et les inégalités sur le continent. Toutefois, ces effets potentiels ne pourront être observées que si l’accord s’accompagne de la définition de bonnes stratégies de d’industrialisation des pays. De plus, ces stratégies d’industrialisation doivent être bien arrimées avec les politiques commerciales. C’est pourquoi, la commission de l’UEMOA et les gouvernements des pays membres de cette zone doivent élaborer et mis en œuvre des stratégies bien intégrées pour tirer profit de cet accord. Sinon, il y a le risque de voir apparaître une concentration des unités de production dans les pays ou les CER qui se seront bien préparés avant l’entrée en vigueur de l’accord au détriment des pays membres de l’UEMOA.

 

[1] C’est la thèse défendue par les modèles d’économie géographique et spatiale impulsés entre autres par Krugman (1991) ou Fujita, Krugman et Venables (1999).

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